SCEA Abbaye
Saint Pierre de Lacour

Activités

Le verger, planté en coquille Saint-Jacques

Un verger de conservation de variétés anciennes du Sud-Ouest, dessiné pour être lu depuis le ciel.

Photographie aérienne du verger : des rangs de jeunes arbres fruitiers plantés en arcs concentriques s'ouvrant depuis un point, formant les côtes d'une coquille Saint-Jacques.
Le verger vu du ciel. Les rangs suivent des arcs concentriques partant d'un point unique — les côtes et la charnière d'une coquille Saint-Jacques, l'insigne des pèlerins de Compostelle.

Les rangs de ce verger décrivent des arcs concentriques s'ouvrant depuis un point unique, et forment une coquille Saint-Jacques surmontée d'une croix : l'emblème de saint Jacques, inscrit dans le sol d'un domaine bénédictin. Des lignes droites auraient été plus commodes à travailler. Le verger n'en est pas moins un verger de conservation en activité, qui abrite plus de cent variétés fruitières anciennes du Sud-Ouest de la France.

Cinq d'entre elles, pour commencer.

La liste complète en compte plus de cent, sur vingt-six espèces.

Le dessin, et ce qu'il coûte

La coquille n'est pas un motif peint sur une parcelle ordinaire. Les emplacements de plantation ont été implantés le long des arcs, ce qui signifie qu'aucun rang n'a la longueur du suivant, que l'écartement s'ouvre à mesure que les rangs s'éloignent de la charnière, et que les machines doivent suivre des courbes. C'est un coût d'exploitation réel, accepté pour deux raisons.

La première est que la coquille est le signe de saint Jacques, et qu'une ferme qui travaille des terres monastiques peut bien se permettre un geste qui le dise. La seconde est agronomique : sur ce terrain, un éventail de rangs courbes épouse la courbe de niveau mieux qu'une trame orthogonale, ce qui compte sur une pente qui doit retenir son eau. Le dessin et le drainage se trouvent d'accord.

Lu depuis le ciel

Le verger a été implanté en sachant qu'il serait un jour photographié d'en haut, et c'est seulement de là que la figure se résout. Au sol, on voit un verger aux tournières inhabituellement généreuses ; à cent mètres d'altitude, on voit la coquille, ses côtes, et la croix au-dessus.

Dans l'enclos

La parcelle se trouve immédiatement à l'est des bâtiments de l'abbaye, abritée sur deux côtés par des arbres adultes. Cet abri vaut plusieurs degrés par une nuit de gelée printanière, ce qui, pour l'abricotier et l'amandier — les deux espèces les plus précoces ici — fait la différence entre une récolte et rien.

Les bâtiments de l'abbaye et le verger vus ensemble depuis le ciel, le village au-delà.
Le domaine vu du nord : les corps de bâtiment du XVIIIe siècle, la ceinture d'arbres, et le verger au-delà.

Site d'accueil du Conservatoire Végétal Régional d'Aquitaine

Depuis le 7 mai 2015, la ferme est site d'accueil des collections du Conservatoire Végétal Régional d'Aquitaine. Le problème d'une collection vivante est simple : une variété qui n'existe qu'en un seul endroit est à une tempête de l'extinction. Les sites d'accueil sont la réponse. Il y en a trente-cinq, sur sept départements ; ce verger est l'un d'eux.

La conséquence pratique est que les arbres n'ont pas été choisis dans un catalogue de ce qui se vend, mais dans ce que cette région cultivait.

Ce que la convention prévoit, de part et d'autre

Le Conservatoire fournit les arbres de sa propre pépinière, arrête la conception du verger et le choix des espèces et des variétés, plante, forme le personnel du site, taille et effectue des visites techniques.

En retour, le site maintient la collection en vie, ne peut multiplier ni diffuser le matériel sans autorisation écrite, et donne au Conservatoire accès aux prélèvements ainsi qu'à un à cinq kilos de fruits par variété pour évaluation et exposition. La convention a été signée à son niveau intermédiaire.

Le Conservatoire, et comment le monde garde ses fruits

Le Conservatoire collecte depuis quarante ans les fruits du Sud-Ouest. Sur son domaine de Montesquieu, en Lot-et-Garonne, il conserve quelque deux mille accessions de seize espèces fruitières — près de sept mille cinq cents arbres palissés sur dix-sept hectares de verger conservatoire à haute densité.

Tout pays fruitier sérieux entretient une collection de ce genre. La National Fruit Collection britannique, à Brogdale dans le Kent, tient la référence nationale depuis 1952 : près de 3 500 variétés sur 150 acres, avec deux arbres de chacune, pour qu'en perdre un ne soit pas perdre la variété.

Le modèle français diffère sur un point qui compte ici. Plutôt que de tout concentrer sur un site, le Conservatoire duplique ses collections vers l'extérieur, sur des fermes en activité. Le risque est réparti, les variétés sont cultivées par des gens qui vendent les fruits, et la région récupère son patrimoine sous une forme qu'elle peut manger.

Enluminure médiévale : deux personnages cueillent des pommes dans un arbre chargé et les déposent dans des paniers.
Cueillir des pommes dans des paniers, d'après un manuel médiéval de santé. Le geste n'a pas changé. Les variétés, si — et la plupart ont disparu.Tacuinum Sanitatis, Lombardie, v. 1390 — Österreichische Nationalbibliothek, Cod. Ser. nov. 2644. Domaine public, via Wikimedia Commons.

Les variétés

Les noms méritent d'être lus lentement. Ils dessinent une carte du Sud-Ouest : basque, gascon, béarnais, quercynois et tarnais, à côté des grandes poires françaises du XIXe siècle.

Cerisiers
  • Noire d'Itxassou — Geresi Belxa
  • Abouriou
  • Bigarreau de Mai
  • Bigarreau Marbré
  • Cœur de Pigeon blanc
  • Griotte de Moissac
  • Guindouhl du Tarn
  • Mourette — Amourette
  • Noire tardive à longue queue
  • Tonkinoise
  • Xapata

La cerise noire d'Itxassou et la Xapata sont basques ; la Griotte de Moissac vient de vingt kilomètres en aval du Tarn ; le Guindouhl est du Tarn lui-même.

Poiriers
  • Poire Citron
  • Poire d'Anis
  • Poire Orange
  • Poire Saint Jean
  • Beurré Clairgeau
  • Beurré Giffard
  • Beurré Superfin
  • Blanquette
  • Boutoc — Poire d'Ange
  • Caillaou Rosat
  • Catillac
  • Duchesse d'Angoulême
  • Épargne — Cuisse Madame
  • Marguerite Marillat
  • Pérou d'argent
  • Tarquin des Pyrénées
  • Virgouleuse

La Catillac est une poire à cuire qui se garde jusqu'au printemps ; la Cuisse Madame mûrit en juillet et ne tient pas huit jours. Ensemble, elles couvrent neuf mois de l'année.

Pommiers
  • Anis basque précoce — Anixa
  • Api Double Rose
  • Belle Fleur Jaune
  • Belle Louronnaise
  • Choureau — Reinette Choureau
  • Pomme d'anis tardive
  • Pomme Glace
  • Golden × Cassou n°167
  • Jincoa Sagarra
  • Museau de lièvre rouge du Béarn
  • Perasse de Gan — Peaxa

Plusieurs sont des pommes à cidre et des sagarra du Pays basque et du Béarn. Golden × Cassou est un croisement du Conservatoire, destiné à faire passer la résistance à la tavelure d'une pomme locale dans une variété commerciale.

Pêchers et brugnons
  • Brugnon rosé de septembre
  • Nectarine alberge
  • Nectarine blanche
  • Pêche sanguine précoce
  • Roussane de Juillet
  • Roussane Royale

Les roussanes et les pêches sanguines sont les vieilles pêches du Sud-Ouest : petites, d'un goût intense, et impossibles à transporter — ce qui explique leur disparition du commerce.

Fruits à coque et petits fruits
  • Noisetier Enis
  • Noisetier Fertile de Coutard
  • Cassis Andega
  • Casseille Josta
  • Groseillier Jonkheer van Tets
  • Groseillier à maquereaux Captivator
  • Groseillier Versaillaise blanche

Les petits fruits sont plantés par blocs de dix touffes — de quoi faire une vraie cueillette, pas un échantillon.

L'éventail des espèces

Au-delà des quatre espèces principales, le verger porte abricotier, amandier, châtaignier, cognassier, figuier, grenadier, mûrier à fruits, néflier, noyer, plaqueminier, arbousier et olivier, ainsi que fraisiers et framboisiers. Les agrumes — citronnier, oranger, mandarinier, kumquat et pamplemoussier — figurent sur le certificat biologique comme arbres dispersés : des sujets isolés en situation abritée, et non une plantation.

Toutes ces espèces figurent nommément sur le certificat biologique de la ferme. Voir le répertoire complet des produits.

Les porte-greffes, et pourquoi on les cite

Une variété fruitière n'est que la moitié d'un arbre. Le porte-greffe décide de sa vigueur, de sa tolérance au sol et du délai de mise à fruit — et, dans un verger de conservation, il fait partie de l'enregistrement. Les plantations utilisent ici :

EspècePorte-greffeEffet
PommierMM 106, et francLe MM 106 donne un arbre semi-vigoureux à mise à fruit rapide ; le franc donne une haute tige qui survivra à ceux qui l'ont plantée.
PoirierCognassier BA 29, et francLe BA 29 pour une entrée en production plus rapide et un arbre maîtrisable ; le franc là où la variété est incompatible avec le cognassier ou là où la longévité prime.
CerisierColtModère la vigueur naturelle du cerisier, qui sur ses propres racines fait un arbre que personne ne peut cueillir.
PêcherFrancLe choix traditionnel sur ces sols ; le pêcher sur franc supporte mieux ce terrain que les solutions naines.

Les arbres arrivent soit en scions, soit en jeunes plants greffés de deux ans, et les deux formes sont utilisées délibérément : les scions coûtent moins cher et se forment mieux, les plants de deux ans entrent plus tôt en production.

Pourquoi une petite ferme plante des variétés anciennes

L'argument commercial contre elles est simple et exact : les variétés anciennes rendent moins, mûrissent irrégulièrement, se marquent, et ne tiennent pas six mois en chambre froide. Elles ont été sélectionnées pour un monde de marchés locaux, non pour un réseau de distribution.

Les arguments en leur faveur sont moins évidents et, sur cette ferme, décisifs.

Ce que le verger produit, et ce qu'il en advient

Le verger est jeune : les plantations principales datent de 2015 et ont été complétées en février 2025, de sorte qu'une grande partie entre seulement en production. À mesure qu'il le fait, les fruits suivent trois voies.

  1. En frais, à la ferme. Ce qui voyage : pommes, poires, coings, fruits à coque — vendus sur place à des gens venus pour cela.
  2. À l'atelier. Jus, purées, compotes, pâtes de fruits et sorbets à partir de ce qui ne voyage pas : les pêches sanguines, les vieilles pommes tendres, les excédents. C'est à cela que sert l'atelier, et la moitié du verger en dépend.
  3. Retour à la collection. Fruits prélevés par le Conservatoire Végétal pour identification et exposition, et greffons prélevés pour multiplication sous son contrôle.
Vieux arbres en fleur sur un ciel de printemps profondément bleu.
Avril. Vingt-six espèces fleurissent ici sur huit mois.
Fleur de pommier en gros plan.
La fleur de pommier — et le risque de gel qui décide de l'année.
Pêches mûres dans une cagette, duvet intact, la chair visiblement tendre sous une peau marquée de rouge et d'or.
Les roussanes : trop fragiles pour être expédiées, d'où leur disparition.

Un verger est aussi un site de recherche

Vingt-six espèces et plus de cent variétés sur une même parcelle, avec un suivi parcellaire complet, constituent un terrain d'essai rare pour les modèles de floraison, le risque de gel, l'observation sanitaire et les études de pollinisation.

Le domaine de l'Abbaye Saint-Pierre