SCEA Abbaye
Saint Pierre de Lacour

Ressources

Eau, climat et irrigation

Une source millénaire, trois puits anciens, et une question moderne : comment irriguer une ferme biologique diversifiée dans une région qui s'assèche, avec le moins d'eau possible.

Le Tarn-et-Garonne n'est pas encore une région sèche, mais c'est une région qui s'assèche. Les canicules sont plus longues, les pluies de printemps moins fiables, et la période pendant laquelle une culture doit être portée sans pluie s'allonge depuis vingt ans. Pour une ferme qui produit fruits, légumes et plantes aromatiques — dont aucun ne supporte un stress hydrique au mauvais moment — l'eau est la contrainte qui décide de l'année. C'est aussi celui des indicateurs de la certification environnementale qui est le plus difficile à satisfaire et le plus utile à satisfaire.

« Aqua, molendinum, hortum vel artes diversas intra monasterium exerceantur. »
Que l'eau, le moulin, le jardin et les divers métiers se trouvent à l'intérieur du monastère.

Règle de saint Benoît, chapitre 66

Ce que fait le stress hydrique

Le coût d'un arrosage insuffisant est évident et immédiat. Celui d'un arrosage excessif n'est ni l'un ni l'autre, et c'est celui qui préoccupe le plus une ferme attentive.

L'objectif n'est donc pas de minimiser l'irrigation. C'est de l'ajuster à ce dont les plantes ont réellement besoin, le jour même, parcelle par parcelle.

Les trois questions

Toute décision d'irrigation se ramène à trois questions, et une ferme comptant six ateliers différents doit y répondre séparément pour chacun.

  1. Quand faut-il apporter de l'eau ? Humidité du sol, stade de la culture et météo de la semaine à venir — pas le jour de la semaine.
  2. Quelle quantité est réellement nécessaire ? De quoi recharger la zone racinaire, pas le profil au-dessous. La différence entre les deux est exactement le gaspillage.
  3. Quelles parcelles sont prioritaires ? Quand la ressource est restreinte, un verger dans ses premières années, un jeune plant et une culture à maturation n'ont pas les mêmes droits. Mal choisir coûte plus cher que de manquer d'eau.

Répondues au jugement et à la bêche, ces questions donnent des résultats corrects et une tendance systématique à l'excès, parce que le coût d'une erreur dans ce sens est invisible. Répondues avec des instruments, elles peuvent l'être mieux — si les instruments sont crus, et s'ils sont lus.

Amener l'eau à la plante

La manière d'apporter l'eau compte autant que le moment. L'abbaye n'irrigue qu'au goutte-à-goutte : rangs du verger, petits fruits, planches d'aromatiques et potager. C'est la seule méthode en service sur le domaine.

Elle apporte l'eau au pied, humecte un volume limité de sol, ne perd presque rien à l'évaporation, et laisse le feuillage sec — ce qui compte pour les maladies en conduite biologique, où le feuillage mouillé est lui-même un facteur de risque.

Le verger est le cas exigeant. Ses rangs suivent les arcs concentriques du dessin en coquille Saint-Jacques : aucun n'a la longueur du suivant et l'écartement s'ouvre vers l'extérieur — le réseau d'irrigation a donc dû être conçu pour cette géométrie plutôt qu'adapté d'un plan rectangulaire.

Les instruments, et ce que la ferme éprouve

La ferme met progressivement en œuvre et teste des technologies d'irrigation de précision, avec l'objectif déclaré de s'adapter au changement climatique, de lutter contre la dégradation des terres et d'économiser l'eau. Ces outils sont adoptés à mesure qu'ils font leurs preuves et qu'ils peuvent être financés, et non installés en bloc.

Mesurer

  • Sondes d'humidité du sol
  • Sondes de teneur en eau volumique
  • Station météo à la ferme
  • Suivi satellitaire de la végétation
  • Cartographie du stress par drone

Décider et agir

  • Pilotage par évapotranspiration
  • Tableaux de bord et alertes
  • Commande de vannes à distance
  • Suivi de la fertigation
  • Indicateurs d'efficience de l'eau par parcelle
  • Recommandations fondées sur la prévision

L'apport à faible volume est en service ; l'instrumentation est à des stades variables, de l'usage quotidien à l'évaluation. Un partenaire technologique qui cherche un site où son outil entre dans la conduite courante, et où son usage est consigné, trouvera ici ces conditions — voir le laboratoire vivant.

Ce qui vient avant l'irrigation

L'eau la moins coûteuse est celle qu'il n'a pas fallu apporter. L'essentiel du travail de la ferme sur l'eau ne concerne donc pas l'irrigation.

Dessin du XIIe siècle du réseau d'eau d'un monastère : la source, la conduite, les bassins, les citernes et les lavabos, en plan et en élévation.
Le réseau hydraulique d'un prieuré bénédictin, dessiné vers 1160 : la source, la conduite, les bassins de décantation, les citernes et les lavabos. Un monastère était un problème hydraulique, résolu une fois puis entretenu pendant des siècles.Psautier d'Eadwine, Cantorbéry, v. 1160 — Trinity College, Cambridge, ms. R.17.1. Reproduction dans le domaine public, via Wikimedia Commons.

Le patrimoine hydraulique du domaine

Descendez les marches de pierre derrière le mur, franchissez une porte basse et rouge, et vous voilà sous une voûte de brique en berceau, au-dessus d'un bassin d'eau sombre et dormante. Une source l'alimente. La tradition locale la dit millénaire, et la tradition est au moins plausible : les bénédictins qui se sont installés ici n'ont pas choisi une vue, ils ont choisi de l'eau, et tout ce qui a été bâti depuis s'est ordonné autour de cette salle.

Trois puits anciens et un réseau hydraulique vont avec. Des correspondances des autorités françaises reconnaissent l'usage historique de la source et un droit d'antériorité pour la consommation personnelle ; les usages de l'eau sur le domaine sont gérés dans le respect des exigences sanitaires et réglementaires applicables.

Ce qui frappe, c'est la continuité du problème. Les moines ont bâti cette voûte parce que l'été est sec ici et qu'une communauté doit boire. Mille ans plus tard, la ferme chiffre des sondes d'humidité pour la même raison. La technique a entièrement changé. La contrainte n'a pas bougé d'un pouce.

La citerne voûtée de la source de l'abbaye : voûte de brique ancienne sur un bassin d'eau sombre et dormante, traversée par une conduite moderne.
Le bassin de la source sous sa voûte. La conduite est la seule chose moderne de l'image.

C'est cette combinaison qui rend la ferme intéressante sur ce sujet : un héritage hydraulique millénaire, un réseau moderne à faible volume, et un intérêt actif pour la mesure de ce qui est réellement consommé. L'eau est l'un des thèmes de recherche de la ferme.

L'eau est l'indicateur difficile

Six systèmes de culture, un bassin versant, des restrictions réelles. Une ferme où les décisions d'irrigation ont des conséquences est le bon endroit pour savoir si un outil de pilotage vaut quelque chose.

Le domaine de l'Abbaye Saint-Pierre